Chapitre III XIIe — XVIIe siècle

Moyen Âge & Renaissance — l'Europe s'empare du parfum

Des monastères aux gants parfumés de Catherine de Médicis : l'alcool change tout, la France entre en scène.

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Le Moyen Âge : entre mysticisme et médecine

En Europe médiévale, le parfum connaît un statut ambigu. D'un côté, l'Église catholique en contrôle et en régule l'usage sacré (encens, huiles saintes). De l'autre, les médecins et apothicaires s'appuient sur les textes arabes traduits en latin pour développer une approche thérapeutique des aromates.

Le rôle de l'Église et des monastères

Les monastères jouèrent un rôle décisif dans la préservation et la transmission du savoir aromatique au Moyen Âge. Les moines cultivaient des jardins d'herbes médicinales et produisaient des eaux florales, des baumes et des huiles parfumées à usage médical et liturgique. Les textes d'Hippocrate, Dioscoride et Avicenne étaient copiés et commentés dans les scriptoria monastiques.

Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse bénédictine rhénane, est l'une des figures majeures de la médecine médiévale. Dans ses traités Physica et Causae et Curae, elle décrit les vertus médicinales de dizaines de plantes aromatiques : lavande, camomille, sauge, fenouil, anis. Ses textes préfigurent l'aromathérapie moderne.

La théorie des humeurs et les aromates

La médecine médiévale était fondée sur la théorie des quatre humeurs (bile jaune, bile noire, sang, phlegme) héritée de Galien et d'Hippocrate. Selon cette théorie, les odeurs pouvaient directement agir sur l'équilibre humoral du corps humain. Les aromates « chauds  » et « secs » (gingembre, poivre, cannelle) activaient le métabolisme, tandis que les odeurs « froides » et « humides » le calmaient.

Cette croyance durera longtemps : au XVIIe siècle encore, les « médecins de la peste » garnissaient d'aromates le bec de leur masque, censé les protéger des « miasmes » (mauvaises odeurs) tenus pour responsables des maladies. Ce costume, décrit à partir de 1619, n'existait pas au Moyen Âge.

La naissance des premières eaux parfumées à l'alcool

L'un des apports les plus importants du Moyen Âge européen à la parfumerie est la maîtrise de la distillation de l'alcool. L'alcool de grain ou de vin (l'eau-de-vie) permettait de dissoudre les molécules aromatiques des huiles essentielles et de les conserver de manière stable.

L'un des plus célèbres parfums alcooliques anciens est associé à une reine de Hongrie. L'Eau de la Reine de Hongrie (datée par la tradition du XIVe siècle) est une eau de romarin distillée dans l'alcool. La légende veut qu'elle ait été offerte à la reine Élisabeth de Hongrie pour soigner ses rhumatismes et qu'elle l'ait si bien rajeunie qu'un roi de Pologne demanda sa main ; la recette connue n'apparaît toutefois dans les textes qu'au XVIIe siècle.

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Le saviez-vous ? L'Eau de la Reine de Hongrie resta en vogue pendant des siècles. Sa formule, à base de romarin et d'autres herbes aromatiques dans de l'alcool de vin, découle des travaux des alchimistes médiévaux sur la distillation.

La Renaissance : la France entre en scène

La Renaissance marque un tournant décisif dans l'histoire du parfum européen. C'est à cette époque que la France commence à s'imposer comme la grande puissance mondiale de la parfumerie, un statut qu'elle n'a jamais vraiment perdu.

Catherine de Médicis et l'arrivée du parfum en France

En 1533, Catherine de Médicis quitte Florence pour épouser le futur Henri II. Dans son entourage figure un parfumeur florentin, René le Florentin (Renato Bianco), qui tiendra boutique à Paris, sur le pont au Change.

L'arrivée de Catherine de Médicis joue un rôle symbolique fort : elle représente le transfert du savoir-faire aromatique italien vers la France. L'Italie de la Renaissance était alors en avance sur l'Europe en matière de parfumerie, chimie et cosmétique. Florence et Venise étaient les capitales mondiales du luxe olfactif.

Les gants parfumés : une révolution du parfum porté

Au XVIe siècle, la mode des gants parfumés se répand dans les cours européennes. Les gantiers imprégnaient le cuir de musc, d'ambre, de rose, de jasmin et de civette pour masquer les odeurs de tannage. Cette pratique est l'une des racines de la parfumerie grassoise.

La ville de Grasse, en Provence, était alors réputée pour la qualité de ses gantiers. Elle possédait des conditions naturelles exceptionnelles (ensoleillement, humidité, sol argilo-calcaire) qui favorisaient la culture de la rose centifolia, du jasmin, de la lavande et de la tubéreuse.

En 1724, les gantiers-parfumeurs de Grasse se dotent de statuts distincts de ceux des tanneurs ; le parlement de Provence les approuve en 1729. Au cours du XVIIIe siècle, sous l'effet des taxes sur le cuir et de la concurrence, la parfumerie prend le pas sur la ganterie. La ville deviendra la « capitale mondiale du parfum », titre qu'elle revendique encore aujourd'hui.

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Le saviez-vous ? Sous Louis XV, Versailles est souvent décrite comme « la cour parfumée » : la tradition rapporte qu'on y changeait de parfum chaque jour. L'anecdote est célèbre, mais ses sources sont minces.

L'Eau de Cologne : une naissance entre mythe et réalité

L'Eau de Cologne (ou Kölnisch Wasser, « eau de Cologne ») est l'un des parfums les plus célèbres de l'histoire. Sa création est traditionnellement attribuée à Johann Maria Farina (1685-1766), un parfumeur d'origine italienne installé à Cologne en 1709.

Farina décrit dans une lettre de 1708 l'invention d'une « eau fraîche » qui lui rappelait « un matin de printemps en Italie, après la pluie ». Sa formule, restée secrète, associait à l'alcool des essences d'agrumes, bergamote en tête, et des notes aromatiques.

L'Eau de Cologne connut un succès foudroyant. Elle fut adoptée par les cours européennes, notamment par Napoléon Bonaparte qui en était un utilisateur passionné. On lui prête une consommation considérable d'eau de Cologne. L'entreprise Farina, fondée en 1709, existe toujours à Cologne et se présente comme la plus ancienne fabrique de parfums encore en activité.

Sentez cette époque

Les matières de chaque chapitre se portent toujours — retrouvez-les dans le catalogue (nombre de parfums après chacune) :