Chapitre II VIIIe — XIIIe siècle

Le monde arabe — la révolution de la distillation

Al-Kindi décrit la distillation de l'eau de rose, Avicenne celle des essences florales : la science entre en parfumerie.

  • Bagdad
  • Damas
  • Le Caire
  • Perse

Le monde arabe et la révolution de la distillation

Avec l'émergence de la civilisation arabo-islamique à partir du VIIe siècle, la parfumerie connaît une transformation radicale. Les savants arabes ne se contentent pas de transmettre le savoir grec et romain : ils l'enrichissent, le dépassent et posent les fondements de la chimie moderne.

Avicenne et la distillation à la vapeur d'eau

Avicenne (Ibn Sīnā, 980-1037 ap. J.-C.) est l'une des figures les plus importantes de toute l'histoire des sciences. Médecin, philosophe et encyclopédiste persan, il est celui à qui la tradition attribue la mise au point de la distillation des huiles essentielles de fleurs, à commencer par la rose.

L'eau de rose distillée n'est pas son invention : au IXe siècle déjà, Al-Kindi décrivait sa préparation à l'alambic. Le mérite d'Avicenne, auteur du Canon de la médecine, tient plutôt à l'usage médical qu'il fait des essences et à la diffusion de ce savoir.

La distillation permet d'isoler les molécules odorantes d'une plante ; dans son principe, le procédé est toujours employé aujourd'hui pour produire l'eau et l'huile essentielle de rose.

💡
Le saviez-vous ? La rose de Damas (Rosa damascena) est toujours récoltée aujourd'hui en Bulgarie, en Turquie et au Maroc pour la production d'huile essentielle. Il faut environ 4 à 5 tonnes de pétales pour obtenir un seul kilogramme d'huile essentielle de rose. C'est l'une des matières premières les plus coûteuses au monde.

Le développement du commerce arabe des aromates

Le monde arabe médiéval était le principal intermédiaire entre l'Orient et l'Occident pour le commerce des épices et des aromates. Les marchands arabes maîtrisaient les routes commerciales terrestres et maritimes reliant l'Inde, la Perse, l'Afrique orientale et l'Europe méditerranéenne.

Des villes comme Bagdad, Le Caire et Damas étaient des centres majeurs de production et de distribution de parfums. Dans les souks, des parfumeurs spécialisés (attarins) proposaient des extraits, des eaux florales, des huiles et du musc. Le mot attar, désignant une huile essentielle de rose ou de fleur, vient de l'arabe itr, qui signifie « parfum ».

Le oud (bois d'agar, Aquilaria) est au cœur de la parfumerie arabe depuis des siècles. Ce bois résineux, produit lorsque l'arbre est infecté par un champignon, est l'une des matières premières les plus chères au monde. Son odeur complexe, boisée, animale et légèrement fumée, est profondément enracinée dans la culture olfactive du Moyen-Orient.

La science arabe de la chimie des parfums

Jabir ibn Hayyan (Al-Kîmiyâ, VIIIe-IXe siècle), considéré par la tradition comme le père de la chimie arabe (une partie du corpus qui lui est attribué est d'auteurs plus tardifs), est associé à de nombreux procédés de distillation et d'extraction. Les écrits qui portent son nom ont influencé l'alchimie et la chimie européennes médiévales, dont la parfumerie a hérité des techniques.

Al-Kindi (IXe siècle) a rédigé le Kitab Kimiya al-Itr (Livre de la chimie des parfums), qui réunit une centaine de recettes de parfums, d'eaux aromatiques et de distillations. C'est l'un des plus anciens traités consacrés entièrement au parfum.

Sentez cette époque

Les matières de chaque chapitre se portent toujours — retrouvez-les dans le catalogue (nombre de parfums après chacune) :