Écorces et racines séchées en vrac
Analyse

Les accords rares : ce que presque personne ne porte

Le boisé est dans 1 409 parfums. Le salin, dans 9. Si vous avez l'impression que tout se ressemble en parfumerie, ce n'est pas une impression : c'est une distribution — et voici où elle laisse de la place.

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Il existe 22 accords dans notre classification. Ils ne se partagent pas le catalogue équitablement — c’est même l’inverse : quatre accords couvrent la majorité des compositions, et une dizaine se partagent les miettes.

Voici la distribution réelle sur les 2 061 parfums référencés :

Accord Parfums Part
Boisé 1 409 68 %
Floral 1 020 49 %
Ambré 801 39 %
Agrumes 712 35 %
Musqué 708 34 %
Gourmand 686 33 %
Poudré 77 4 %
Vert 61 3 %
Marin 55 3 %
Sucré 34 2 %
Fumé 25 1 %
Tabac 24 1 %
Patchouli 18 1 %
Épicé frais 18 1 %
Café 15 0,7 %
Aldéhydé 14 0,7 %
Salin 9 0,4 %

Méthode. Ces chiffres décrivent le catalogue OLFACT, pas la production mondiale. Un catalogue reflète des choix de référencement. Ils donnent néanmoins un ordre de grandeur fiable de ce qui se porte couramment — et de ce qui ne se porte pas.

Si vous avez le sentiment que « tous les parfums se ressemblent », voilà le chiffre qui l’explique : plus de deux parfums sur trois contiennent un accord boisé. Ce n’est pas de la paresse créative, c’est une nécessité technique — le bois donne la structure et la tenue. Mais l’effet cumulé est réel.

Ce qui suit est l’inventaire des territoires laissés libres.

Salin — 9 parfums

Le plus rare de tous. Le salin n’est ni le marin ni l’aquatique : là où le marin évoque l’embrun et l’algue, le salin évoque la peau après la plage — le sel séché, la minéralité, une sensualité mate.

Neuf parfums seulement le portent, et ce sont pour la plupart des compositions marquantes : Wood Sage & Sea Salt de Jo Malone London, Millesime Imperial de Creed, Eau des Merveilles d’Hermès, Ege de Nishane, Olympéa de Paco Rabanne.

Pour qui : ceux qui trouvent les marines trop propres et trop bleues.

Aldéhydé — 14 parfums

Les aldéhydes sont des molécules de synthèse qui donnent un effet pétillant, savonneux, abstrait — cette impression de « propre » irréel qui ne ressemble à aucune matière naturelle. Elles ont fait la révolution de 1921 avec le N°5, et sont aujourd’hui presque abandonnées.

Notre analyse des pyramides montre qu’elles apparaissent à 97 % en note de tête : ce sont des matières extrêmement volatiles.

Les porteurs : N°5 et N°5 L’Eau de Chanel, 1957, Rive Gauche d’Yves Saint Laurent, Superstitious de Frédéric Malle.

Pour qui : ceux qui veulent comprendre d’où vient la parfumerie moderne. C’est le registre le plus « daté » de la liste, et le plus historiquement important.

Café — 15 parfums

Torréfié, amer, addictif. Le café est le contrepoint idéal du sucré — il empêche un gourmand de devenir écœurant.

Intense Café de Montale, Black Opium d’Yves Saint Laurent, Coffee Break de Maison Margiela, Intoxicated de By Kilian, Khamrah Qahwa de Lattafa.

Pour qui : les amateurs de gourmand qui trouvent la vanille trop sage.

Épicé frais — 18 parfums

À ne pas confondre avec le chaud épicé. Ici, l’épice est nerveuse et coupante — poivre, cardamome, gingembre — au lieu d’être enveloppante.

C’est le registre de trois des parfums masculins les plus vendus de la dernière décennie : Sauvage de Dior, La Nuit de l’Homme d’Yves Saint Laurent, Déclaration de Cartier. Également Spicebomb de Viktor & Rolf et Wanted d’Azzaro.

Curiosité : un accord statistiquement rare peut porter des parfums extrêmement diffusés. Rareté de l’accord ne veut pas dire confidentialité du parfum.

Patchouli — 18 parfums

Terreux, camphré, immédiatement reconnaissable. Le patchouli est présent comme note dans 519 parfums, mais comme accord dominant dans 18 seulement — la différence entre un ingrédient d’appoint et un parti pris.

Angel de Mugler — le parfum qui a réinventé la catégorie en 1992 —, Coromandel et Coco Mademoiselle de Chanel, Lady Vengeance de Juliette Has a Gun, de Giorgio Armani.

Tabac — 24 parfums

Miel, foin, cuir doux. Le tabac est chaud sans être sucré, ce qui en fait l’un des registres les plus confortables de la parfumerie.

Tobacco Vanille de Tom Ford, Naxos de Xerjoff, Chergui de Serge Lutens, Red Tobacco de Mancera, Tabac doré d’Olfactive Alchimie.

Fumé — 25 parfums

Bouleau brûlé, encens, goudron. Le registre le plus clivant du catalogue.

Black Afgano de Nasomatto, Replica By the Fireplace de Maison Margiela, Interlude Man et Jubilation XXV d’Amouage, Club de Nuit Intense Man d’Armaf.

Pour qui : ceux qui veulent un parfum dont on se souvient. À tester impérativement sur peau avant achat.

Vert — 61 parfums

Sève, feuille froissée, tige coupée. Le vert est la fraîcheur végétale, par opposition à la fraîcheur hespéridée. Il a dominé les années 1970 puis quasiment disparu.

Philosykos de Diptyque, N°19 de Chanel, Un Jardin sur le Nil et Un Jardin sur le Toit d’Hermès, Baie 19 du Labo.

Poudré — 77 parfums

Iris, talc, riz. Un registre cosmétique, rétro et élégant — dont Prada a fait sa signature avec 53 % de sa gamme, contre 4 % au catalogue.

Infusion d’Iris de Prada, Dior Homme et Dior Homme Intense, Iris Poudre de Frédéric Malle.

Comment s’en servir

Si vous tournez en rond entre des parfums qui vous semblent interchangeables, la cause est probablement statistique : vous testez dans les 68 % boisés. Le raccourci le plus efficace pour sortir de l’ornière est de choisir un accord sous les 5 % et de partir de là.

Concrètement : sentez un aldéhydé, un vert et un salin d’affilée. Vous n’aimerez peut-être aucun des trois — mais vous aurez enfin des points de comparaison en dehors du peloton.

Explorez les 22 familles olfactives du catalogue, ou comparez deux compositions côte à côte dans le comparateur.